Brexit : de référendum à « neverendum » | Placements Mackenzie

Brexit : de référendum à « neverendum »


Ce qui était au début un référendum au Royaume-Uni sur la sortie de l’Union européenne en 2016 s’est transformé, trois ans plus tard, en ce qui semble être un « neverendum1 », soit un processus long et difficile dont la conclusion est incertaine. Après les événements de la semaine, le Brexit est loin d’être réglé.

Résumé de la situation

Commençons par un retour sur les événements des quelques derniers jours. Hier, le parlement britannique a rejeté une entente de sortie révisée, négociée par la première ministre Theresa May avec l’Union européenne. L’entente révisée comprenait des assurances relatives au filet de sécurité ou backstop, une provision conçue pour assurer que si le Royaume-Uni et l’UE n’arrivent pas à convenir d’une relation qui procure une frontière sans tension entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, le Royaume-Uni resterait automatiquement dans une union douanière avec l’UE. Cette provision a été incluse afin de respecter l’accord du Vendredi saint, qui a permis de rétablir la paix en Irlande du Nord en 1998. Les députés favorables au Brexit s’inquiétaient du risque que cette provision garde le Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE indéfiniment, ce qui en réalité invaliderait le Brexit.

Aujourd’hui, les députés ont rejeté un Brexit sans entente. Ce type de Brexit constitue la perspective la plus effrayante et le risque le plus immédiat auxquels font face les économies du Royaume-Uni, de l’UE et d’ailleurs dans le monde. Un Brexit sans entente entraînerait des frictions dans le mouvement des personnes et des biens et de l’incertitude qui seraient néfastes pour l’économie mondiale. Les marchés ont toujours estimé que le risque d’un Brexit sans entente était relativement faible, comme le montre la performance solide de la livre sterling jusqu’à présent en 2019.

Demain, les députés se prononceront sur un report de l’article 50, le processus selon lequel le Royaume-Uni initialement devait se retirer de l’UE le 29 mars. On s’attend à ce qu’une majorité des députés soutiennent ce report avec certaines conditions. Une entente devra aussi être ratifiée par l’UE pour que le Royaume-Uni reste temporairement membre du bloc.

Les options possibles

À ce stade, il existe encore une petite possibilité que les dirigeants de l’UE rejettent un report de la date limite, car le RoyaumeUni devra expliquer pourquoi une prolongation a été demandée. Cela entraînerait le risque que le Royaume-Uni se retire de l’UE sans entente le 29 mars. Toutefois, la probabilité d’un tel rejet est faible, et si l’UE refusait de reporter la date limite, le parlement britannique aurait toujours la possibilité de retourner en arrière et d’approuver l’entente rejetée hier.

Il semble plus probable que l’UE accepte de reporter la date limite. Les politiciens britanniques devront ensuite s’entendre sur la nouvelle façon de faire progresser le Brexit. C’est là que le « neverendum », ou référendum sans fin, commence, et que différentes options seraient offertes. Le Royaume-Uni aurait à choisir entre le modèle norvégien (considéré comme un Brexit en nom seulement par les plus fervents partisans du Brexit), la tenue d’un deuxième référendum, des élections générales ou même aucun Brexit.

En réalité, le processus du Brexit pourrait retourner à la case départ, ce qui signifie que le Royaume-Uni et l’UE auraient passé environ trois ans à discuter du Brexit… sans avoir offert de solution claire.

Qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs?

Cela dépend à qui vous posez la question. Pour les investisseurs britanniques, les conséquences sont importantes, car toutes les fluctuations de la livre ont de fortes répercussions sur la valeur des actifs internationaux détenus. L’incertitude liée au Brexit a aussi d’importantes conséquences sur l’évaluation des actions britanniques et la croissance au pays (surtout négatives, comme le suggèrent les faibles rendements actuels des obligations britanniques).

Cependant, pour les investisseurs canadiens, les conséquences sont limitées. La capitalisation boursière du Royaume-Uni représente environ 5 % de la capitalisation boursière mondiale, alors les investisseurs canadiens ne sont pas habituellement très exposés aux actions britanniques. Sur le plan économique, seulement environ 5 % des exportations du Canada sont destinées au Royaume-Uni et environ 10 % à l’UE (qui, pour l’instant, inclut toujours le Royaume-Uni). En revanche, les États-Unis reçoivent 75 % de nos exportations, ce qui signifie que le coup économique direct pour le Canada serait faible, en cas de Brexit désordonné.

Destinations des exportations canadiennes
(Canada : exportations vers certaines destinations en tant que % du total)

Placements Mackenzie (données du FMI par Bloomberg). Zones ombragées = récession aux États-Unis.

Le scénario d’un Brexit sans entente le 29 mars perturberait certainement les marchés dans l’immédiat. Cependant, il ne faut pas oublier 2016, lorsque les actions américaines ont tout de même progressé d’environ 40 % au cours des 18 mois suivants le référendum Brexit surprise qui a ébranlé le monde en juin 2016, ce qui signifie que malgré l’instabilité politique et les répercussions sur les perspectives de croissance de l’Europe et du Royaume-Uni, la croissance mondiale a réussi à s’améliorer, suggérant ainsi que l’incertitude liée au Brexit pourrait finir par avoir des conséquences limitées sur l’économie mondiale.

Le scénario le plus probable – des retards importants et un Brexit édulcoré – pourrait constituer le résultat le plus inoffensif pour les investisseurs. Soyez prêts pour un « neverendum ».

1 Josh Freed, chroniqueur de la Montreal Gazette a été le premier à employer le terme « neverendum » en 1992, alors que le Québec se préparait à la tenue d’un deuxième référendum en 1995.

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