Budget sur fond de ralentissement économique et d’élections prochaines | Placements Mackenzie

Budget fédéral de 2019 : Budget sur fond de ralentissement économique et d’élections prochaines


Budget sur fond de ralentissement économique et d’élections prochaines

Le budget fédéral canadien de 2019 a été déposé dans un contexte de décélération notable de la croissance économique au pays. En 2017, la croissance au Canada a été exceptionnelle, avec plusieurs indicateurs des secteurs des ménages et de la fabrication atteignant des niveaux exagérément élevés. Au milieu de 2017, la croissance du PIB a atteint un rythme annualisé de 4 %, un niveau qui se rapproche des sommets des 20 dernières années. Même s’il est évident que la croissance ne pouvait pas maintenir un rythme si élevé, le ralentissement observé en 2018 et jusqu’à présent en 2019 a été plus abrupt que ce que les analystes avaient prévu.

Croissance du PIB canadien
Canada : croissance mensuelle du PIB par rapport à l’année précédente, tous les secteurs (%)

Source : Placements Mackenzie (données de Statistique Canada par Bloomberg)

Cette détérioration du momentum de la croissance correspond à ce qui est observé en Europe, dans les économies émergentes et, depuis peu, aux États-Unis. La Banque du Canada a récemment reconnu cette pause de la croissance et a admis que le ralentissement à la fin de 2018 avait été « plus marqué et plus généralisé que prévu ». Par conséquent, les joueurs du marché sont maintenant nettement plus pessimistes pour ce qui est de l’économie canadienne. Le marché obligataire tient aussi compte de la fin de la campagne de resserrement de la Banque du Canada, ainsi que de la possibilité croissante d’une baisse de taux d’ici la fin de l’année.

Dans ce contexte, beaucoup s’attendaient à un budget fédéral offrant un stimulant budgétaire plus important que ce qui a été déposé par le gouvernement. Plutôt que de viser des mesures de relance ou des augmentations de dépenses généralisées qui auraient nettement accru le déficit, le gouvernement a choisi de s’occuper de questions particulières et ciblées avant les prochaines élections fédérales prévues à l’automne.

Le marché immobilier

Une grande partie des discussions avant le dépôt du budget était centrée sur les mesures visant à favoriser l’abordabilité pour les acheteurs d’une première habitation. De fait, les prix des maisons dans les deux plus importants marchés immobiliers du pays, Toronto et Vancouver, ont oscillé dernièrement, tout en restant relativement peu abordables pour les acheteurs d’une première habitation. Selon l’Association canadienne de l’immeuble, les activités de ventes ont décéléré, avec les ventes de maisons existantes pour février 2019 reculant à leur plus bas niveau depuis 2012, ce qui suggère que le récent resserrement macroprudentiel (comme le test de résistance B-20 mis en place au début de 2018) empêche les acheteurs potentiels d’une première habitation d’entrer sur le marché. D’un point de vue macroéconomique élargi, le tout est quelque peu préoccupant, étant donné la contribution du secteur à la croissance au cours des dernières années.

Prix des maisons au Canada
Indices de prix de maison Teranet – Banque Nationale, rebasés à 100 en 2000

Source : Placements Mackenzie (Banque Nationale – Données Teranet via Bloomberg)

Un des éléments phares du budget est le nouveau « prêt hypothécaire avec participation », en vertu duquel la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) prend une participation de 5 % de la valeur d’une habitation existante ou de 10 % de la valeur d’une habitation nouvellement construite pour les acheteurs d’une première habitation. Les acheteurs dont le revenu du ménage est de moins de 120 000 $ sont admissibles, avec le montant du prêt hypothécaire plafonné à quatre fois les revenus. Cette mesure devrait raviver la demande de logements pour les acheteurs d’une première habitation et stimuler considérablement les marchés immobiliers à l’extérieur de Toronto et de Vancouver, deux marchés pour lesquels les plafonds en limiteront les répercussions. La mesure de prêt hypothécaire avec participation prévoit un incitatif pour augmenter l’offre de nouvelles maisons, ce qui est encourageant, car se concentrer uniquement sur la partie demande de l’équation aurait simplement entraîné des hausses de prix et n’aurait pas aidé l’abordabilité. Toutefois, la SCHL devra ainsi faire l’acquisition de participation, ce qui fera en sorte qu’elle assumera un risque lié aux prix des maisons en plus du risque de crédit hypothécaire qu’elle assume déjà.

Le budget n’a pas fait marche arrière pour ce qui est de certains règlements hypothécaires macroprudentiels mis en place au cours des dernières années, ce qui est positif du point de vue de la stabilité financière. Il a plutôt augmenté la limite de retraits des régimes enregistrés d’épargne-retraite pour les acheteurs d’une première habitation, de 25 000 $ à 35 000 $. Même si cette mesure ne change pas les règles du jeu pour le marché immobilier canadien à long terme, elle devrait soutenir la construction et le marché immobilier à court terme.

Aucun stimulant financier généralisé

Malgré le ralentissement économique décrit ci-dessus, le marché du travail canadien est resté solide jusqu’à présent, avec la création d’emploi dépassant les prévisions et connaissant récemment une nouvelle accélération.

Croissance des emplois au Canada
Évolution nette de l’emploi, variations saisonnières (Milliers)

Source : Placements Mackenzie (données de Statistique Canada via Bloomberg)

Cette situation laisse entendre que la croissance des recettes fiscales du gouvernement fédéral a été solide. Pour l’exercice terminé le 31 mars 2019, le gouvernement prévoit une croissance de ses recettes annuelles d’un peu moins de 7 %, ce qui est plus élevé que les estimations initiales. Cette croissance équivaut à environ 6 milliards de dollars de recettes additionnelles depuis l’Énoncé économique de l’automne 2018, ce qui donne au gouvernement une certaine marge de manoeuvre pour augmenter les dépenses de certains postes avant la tenue des élections fédérales cette année. Dans l’ensemble, les nouvelles mesures de dépenses devraient totaliser environ 0,2 % du PIB au cours de l’année à venir, ce qui ne devrait pas stimuler l’économie canadienne comme l’a fait, par exemple, la réforme fiscale aux États-Unis au début de 2018. Ainsi, nous ne pensons pas que cela modifie le scénario pour ce qui concerne la croissance canadienne.

Le paysage financier à long terme

Une question nous est souvent posée : est-ce que les investisseurs devraient se préoccuper des déficits fédéraux à long terme? Malgré une croissance relativement solide au cours des quelques dernières années et un taux de chômage se rapprochant des planchers des 40 dernières années, l’équilibre budgétaire du gouvernement fédéral s’est détérioré d’environ 1 % du PIB, passant d’un budget équilibré à un déficit. Le tout suggère que la détérioration a été structurelle, et non cyclique. Pris de façon absolue, cela signifie que le gouvernement canadien risque de disposer d’une marge de manoeuvre réduite pendant la prochaine récession, lorsque la croissance des recettes reculera inévitablement.

Toutefois, lorsque l’on compare la situation du Canada à d’autres exemples internationaux, nous constatons que la position budgétaire fédérale du Canada est meilleure que, par exemple, celle des États-Unis, où la détérioration structurelle s’est plus rapprochée de 2 % du PIB. Dans cette perspective plus large, la qualité du crédit du Canada reste élevée avec une cote AAA et se compare favorablement à celle des autres émetteurs d’obligations souveraines des marchés développés. La demande pour les obligations du Canada reste forte au pays et à l’étranger, alors cette légère détérioration budgétaire structurelle ne devrait pas présenter un problème pour ce qui est du financement.

Taux de chômage au Canada par rapport à l’équilibre du budget fédéral
Canada : relation entre le taux de chômage et l’équilibre du budget fédéral (%)

Source : Placements Mackenzie (données du FMI par Bloomberg)

Au cours des quelques 20 dernières années, le ratio dette-PIB du gouvernement fédéral a enregistré un recul presque constant, à l’exception des quelques années pendant la récession et la crise financière de 2007-2009. Il s’agit d’un développement positif et le budget de cette année ne modifie pas cette tendance à long terme. Toutefois, il est important de ne pas oublier que la situation est complètement différente dans les paliers inférieurs du gouvernement, notamment dans les provinces. De fait, la plupart des pressions actuelles en matière de dépenses (p. ex. les soins de santé et l’éducation) sont les plus fortes dans les provinces, tandis que certaines des pressions sur les recettes (p. ex. les redevances sur l’énergie) sont aussi les plus ressenties par les provinces. La situation budgétaire du Canada reste enviable comparativement à d’autres économies en Europe et même aux États-Unis. Néanmoins, pour les investisseurs internationaux qui étudient la situation financière globale du gouvernement général, le paysage macroéconomique est peut-être moins rose que ce que suggèrent les données sur la dette du gouvernement fédéral seulement.

Ratio dette-PIB du gouvernement canadien
Canada : ratio dette-PIB, gouvernement fédéral et secteur des administrations publiques (% du PIB)

Source : Placements Mackenzie (données de Statistique Canada et du FMI par Bloomberg)

Points à retenir pour les investisseurs

Dans l’ensemble, il serait exagéré de déclarer que ce budget offre un stimulant budgétaire qui modifiera la trajectoire de croissance du Canada à court terme. Nous avons noté au cours des dernières semaines le ton de plus en plus négatif adopté par beaucoup d’analystes et de stratégistes lorsqu’il est question des actifs canadiens, et particulièrement du dollar canadien. L’équipe des stratégies multi-actifs Mackenzie, par contre, a adopté un point de vue qui s’éloigne légèrement du consensus. Nous avons actuellement une position surpondérée tactique en dollars canadiens par rapport à un panier de devises des marchés développés. Certains analystes s’inquiétaient qu’une expansion importante du déficit budgétaire fédéral serait négative pour le dollar canadien. Selon nous, ce budget ne justifie pas cette préoccupation.

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