Incidences mondiales et réactions au Brexit | Placements Mackenzie

Opinions de gestionnaires

PERSPECTIVES POUR LE 3E TRIMESTRE 2016

Incidences mondiales et réactions au Brexit

Le Brexit a engendré un très haut niveau d’incertitude quant à l’avenir du Royaume-Uni sur les plans du commerce et de l’immigration. Todd Mattina, économiste en chef et stratège au sein de l’équipe de répartition de l’actif Mackenzie, identifie les risques qui pourraient voir le jour au Royaume-Uni et sur les marchés mondiaux.

Incidences mondiales et réactions au Brexit

Todd Mattina, économiste en chef et stratège au sein de l’équipe de répartition de l’actif Mackenzie, décrit les risques auxquels font face le Royaume-Uni et l’Europe suite au référendum sur le Brexit.

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Le Brexit a engendré au haut niveau d'incertitude quant à l'avenir du Royaume-Uni sur les plans du commerce, de l'immigration et de la réglementation commerciale, ce qui freinera les placements privés et la croissance économique. Les marchés ont vivement réagi au niveau sans précédent d'incertitude causée par le Brexit. On a pu constater un mouvement de report sur les valeurs sûres mondiales, dont les obligations d'État de grande qualité, ce qui comprend les Gilts britanniques. Le dollar américain et le yen japonais ont progressé par rapport aux devises plus cycliques, et l’or a également gagné du terrain. Ce report vers les valeurs sûres pourrait se prolonger encore quelques temps car les diverses sources d’incertitude ne sont pas sur le point de s'épuiser. Par conséquent, nous nous attendons à ce que la volatilité demeure au cours des semaines ou mois à suivre, avant de retourner à la normale.

La première incertitude est de savoir si le Royaume-Uni quittera réellement l’Union européenne. Il convient de noter que le référendum n’a pas force obligatoire pour le gouvernement du Royaume-Uni. Le deuxième élément d’incertitude réside dans le fait que si l’Article 50 est invoqué, il faut s’attendre à deux années de discussions conflictuelles au sein de l’UE quant aux modalités de la sortie du Royaume-Uni. De nombreux défis se présenteront car l’UE ne souhaite pas que la sortie soit avantageuse pour le Royaume-Uni, non seulement parce qu’elle souhaite mettre fin à d’éventuelles ambitions similaires de la part d’autres pays, mais aussi parce qu’elle a d’autres priorités plus importantes. L’UE veut se concentrer sur les accords commerciaux avec la région du Pacifique et les États-Unis, qui sont une bien plus grande priorité compte tenu de la petite taille de l’économie britannique. Le troisième élément d’incertitude, qui est de taille, est la nécessité de choisir parmi les quelques 7 000 règlements de l’UE ceux qui continueront à être appliqués après la sortie. Pour les sociétés qui envisagent de nouveaux placements ou de créer des emplois au Royaume-Uni, c’est une incertitude majeure. Enfin, l’une des principales sources d’incertitude, à plus long terme, pour le Royaume-Uni réside dans le risque de fragmentation, sachant que l’Écosse et l’Irlande du Nord sont en faveur d’une intégration avec l’UE et s’opposent à la séparation. Le mouvement indépendantiste écossais a déjà fait savoir qu’il souhaitait un autre référendum. Il faudra donc un cadre politique solide pour rassurer les investisseurs étrangers.

Les mesures de politique économique prises à l’échelle mondiale consistaient en un premier temps à fournir au système bancaire mondial un soutien d’urgence en liquidités, en cas de besoin. Cela a eu peu d’effets sur les marchés mondiaux. Ce n’est que plus tard qu’un cadre de réponse plus complet a été élaboré. Au Royaume-Uni, par exemple, le chancelier britannique George Osborne est revenu sur sa promesse de présenter un budget d’urgence pour le Brexit qui aurait réduit les dépenses de plusieurs milliards et fait augmenter les impôts. Cela n’aurait fait qu’aggraver les répercussions négatives du Brexit sur l’économie. Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, avait aussi prévu un ralentissement des dépenses privées et le besoin d’un assouplissement monétaire supplémentaire pour limiter les effets sur l’économie britannique. Au niveau international, il est bien moins probable aujourd’hui que la Réserve fédérale augmente les taux d’intérêt, du moins avant d’avoir saisi l’impact du Brexit sur les marchés mondiaux et les effets d'entraînement sur l’économie réelle. Enfin, en Europe, la BCE a la capacité d'accélérer son programme mensuel d’achat direct d’actifs si elle constate un resserrement des conditions financières, surtout dans les pays de l’Europe périphérique.

À ce point-ci, le Brexit ne ressemble en rien à un moment Lehman. À l’heure actuelle, la volatilité diminue et se situe en dessous des niveaux atteints avant le Brexit. À ce stade, on pourrait dire que le Brexit a davantage fait augmenter le risque politique pour le Royaume-Uni et l’avenir de l’Europe. Ceci dit, divers scénarios de risque extrême subsistent. Il s’agit d'événements qui risquent peu de se produire, mais s’ils devaient se matérialiser, ils auraient un important impact négatif sur les plans économique et financier. Pour le Royaume-Uni, la perte de confiance des investisseurs représente un important risque de perte extrême. Le Royaume-Uni dépend plus que jamais d’un financement continu des investisseurs étrangers pour son important double déficit. Le premier de ces deux déficits, le déficit du compte courant extérieur, a atteint 7 % du PIB au quatrième trimestre de 2015. Si les investisseurs étrangers devaient soudainement ne plus faire confiance au Royaume-Uni, les investissements étrangers cesseraient sur le champ, ce qui provoquerait un ajustement brutal pour l’économie britannique. Le deuxième déficit est le déficit budgétaire du gouvernement, qui est à des niveaux historiquement élevés. Au Royaume-Uni, le marché des Gilts est détenu dans une proportion de 25 % par des investisseurs étrangers. Le maintien de la confiance envers la viabilité et la santé des finances publiques reste donc vital. L’autre risque de perte extrême auquel est confronté le Royaume-Uni, et plus vastement l’économie mondiale, est la progression des partis anti-establishment et de candidats et partis politiques populistes de par le monde, que ce soit Donald Trump aux États-Unis, Marine Le Pen en France, ou le Mouvement 5 étoiles en Italie. Si la puissance politique de ces partis anti-establishment et populistes devait augmenter, d’autres référendums sur l’indépendance pourraient avoir lieu au sein de l’Union européenne, ce qui nuirait à la viabilité du projet d’intégration de l’Europe. Les conséquences à plus long terme seraient certainement importantes. À ce point-ci, à notre avis, ces risques de perte extrême ne risquent pas de se matérialiser. Il est clair que la volatilité des marchés, qui recule, tendrait à renforcer cette opinion. Ainsi, à l’heure actuelle le Brexit n’est pas pour nous un événement de type Lehman, mais davantage un risque politique accru.

Faits importants :

  • Nous nous attendons à une volatilité sur les marchés au cours des semaines ou mois à suivre, avant un retour à la normale.
  • L’Union européenne a intérêt à ce que ce ne soit pas une sortie peu coûteuse pour le R.-U.
  • En ce moment, nous ne voyons pas le Brexit comme un autre moment Lehman, mais plus comme un risque politique accru.

Pour plus d’informations sur nos perspectives pour le troisième trimestre, veuillez lire le numéro de juillet de Mackenzie Express.