Pourquoi les titres canadiens pourraient surclasser les actions américaines sur le plan de la valeur | Placements Mackenzie

Opinions de gestionnaires

La chute du huard a été prononcée, particulièrement suite à l’annonce concernant le droit imposé sur le bois d’œuvre, en avril. Todd Mattina, économiste en chef et stratège au sein de l’équipe de répartition de l’actif Mackenzie, s'est entretenu avec Bloomberg TV Canada au sujet de la performance du dollar canadien, de l’ALENA et des récentes actions de Donald Trump.

Tel que vu sur Bloomberg TV, veuillez consulter la transcription pour la traduction française.

Pourquoi les titres canadiens pourraient surclasser les actions américaines sur le plan de la valeur

Todd Mattina, économiste en chef et stratège au sein de l’équipe de répartition de l’actif Mackenzie, s'est entretenu avec Bloomberg TV Canada au sujet de la performance récente du dollar canadien.

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Lily Jamali : La saga de l’ALENA a mis le sourire sur le visage de ceux qui misent sur une baisse du huard. La chute du huard a été prononcée, c’est le moins qu’on puisse dire – il a atteint son plus bas niveau depuis 14 mois suite à l’annonce concernant le droit imposé sur le bois d’œuvre et le peso mexicain a également été durement pénalisé. Ce n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé suite à l’élection de M. Trump mais cette fois-ci le huard est plus durement touché. Voyons ce que révèle le terminal de Bloomberg. La performance du dollar est indiquée en bleu et celle du peso mexicain en blanc – comparativement au dollar américain. L’élection a eu lieu en plein milieu de ce diagramme chronologique et le dollar américain s’est apprécié par rapport à ces deux devises, mais bien plus par rapport au peso – tous ces discours sur le mur à la frontière mexicaine ont eu des répercussions, et pour ce qui est de l’ALENA, on s’entendait généralement pour dire que la vraie cible était le Mexique, et que le Canada ne subirait éventuellement que quelques dommages collatéraux. La situation a changé du tout au tout suite aux tarifs imposés sur le bois d’œuvre canadien. Si les deux devises ont perdu de leur valeur, c’est le dollar canadien qui a été le plus pénalisé. Pour analyser la situation, nous accueillons M. Todd Mattina, économiste en chef et stratège chez Placements Mackenzie, société dont l’actif sous gestion dépasse 61 milliards $. M. Mattina, quelle est votre réaction face à ce graphique? Est-ce le résultat de ces pourparlers commerciaux qui aurait déjà été intégré dans le prix du peso, mais moins dans le prix du huard?

Todd Mattina : Tout d’abord merci de votre invitation. Je pense vraiment que le fort mouvement du dollar canadien, jusqu’à 33 cents et demi, reflète le fait que ces récentes mesures commerciales – le marché intègre une prime de risque, tout au moins pour le risque de mesures commerciales supplémentaires de la part des États-Unis et visant les exportations canadiennes. On ne s’y attendait pas du tout. Cela ne correspondait pas à la narrative du marché selon laquelle la Chine et le Mexique étaient dans la mire de M. Trump – ces pays ayant d’importantes excédents commerciaux ou balances commerciales par rapport aux États-Unis, alors qu’en ce qui concerne le Canada il y a en gros un équilibre dans les échanges de biens. Ce que nous constatons aujourd’hui, à mon avis, c’est que le marché intègre une prime de risque contre le risque accru de mesures commerciales plus dynamiques à l’égard des exportations canadiennes et contre le risque d’une posture plus agressive lors d’une éventuelle renégociation de l’ALENA.

Lily Jamali : À votre avis, quelle est la meilleure façon d’appréhender toutes ces nouvelles? On entend dire toute la journée que l’administration Trump envisage un retrait de l’ALENA – on ne sait pas trop s’il s’agit d’une tactique de négociation ou d’une possibilité concrète.

Todd Mattina : Je pense que toutes ces rumeurs concernant une éventuelle renégociation de l’ALENA ne font que rehausser l’incertitude sur les plans juridique et politique, et pour les producteurs canadiens, cela aura des effets nuisibles sur la confiance et les investissements commerciaux. Je pense que, comme l’a déclaré notre ministre auparavant, c’est dans l’intérêt des États-Unis et dans l’intérêt commun d’assurer des règles de jeu équitables. Il ne faut absolument pas oublier que même avant l’ALENA, les tarifs entre le Canada et les États-Unis n’étaient en moyenne pas si élevés que ça. Le véritable avantage de l’ALENA est qu’il offre un cadre juridique et un environnement tarifaire fiable pour les producteurs. Il offre un mécanisme de règlement des différends qui empêche les deux parties, particulièrement les États-Unis, d’appliquer ce genre de mesures protectionnistes à certains secteurs. Si jamais l’ALENA devait disparaître, je pense que cela rehausserait les risques propres aux secteurs, comme nous avons pu le constater dans le cas du bois d’œuvre où l’on a constaté une résurgence des litiges commerciaux.

Lily Jamali : Il y aussi les promesses de réductions d’impôt sans précédents, dont nous venons d’avoir des détails. À quoi vous attendez-vous en termes de réalisation de cette promesse?

Todd Mattina : Effectivement, ce qui s’est passé aujourd’hui est très intéressant. M Trump a présenté les grands principes de son plan fiscal, et le coût fiscal sera élevé. À elles seules, les réductions de l’impôt des sociétés coûteront plus de 2,2 billions $ sur 10 ans et les baisses d’impôt pour les particuliers qu’il a évoquées feront augmenter encore davantage ces coûts. Compte tenu de la trajectoire que prennent les finances publiques américaines, c’est vraiment impressionnant. Avant même d’intégrer le plan de M. Trump, on peut noter que d’ici 10 ans la dette publique des États-Unis avoisinera 90 % du PIB et que le déficit budgétaire du gouvernement s’élèvera à environ 1,4 billion $. Pour M. Trump, la réduction substantielle des impôts et le renforcement de la croissance économique sont des priorités qui passent l’équilibre et la viabilité des finances publiques. Je doute que les tenants du conservatisme fiscal au sein du Congrès acceptent de payer une note si élevée, sachant que le scénario de base n’est déjà pas viable. J’incline à penser que les mesures fiscales seront au final plus modestes, mais qu’elles seront permanentes et que leurs incidences sur les recettes seront moins importantes.

Lily Jamali : Donc, quoi qu’il arrive, on peut s’attendre à des réductions – reste à savoir quelle sera leur portée – mais lorsqu’elles auront lieu, quelles seront à votre avis les conséquences sur le calendrier de la Réserve fédérale.

Todd Mattina : C’est une question intéressante. À ce stade du cycle, une forte expansion budgétaire aurait probablement pour effet d’accélérer le rythme auquel la Fed procède aux hausses des taux. Le Trésor souscrit au principe que des réductions d’impôt importantes feront augmenter la croissance économique, augmentant les revenus et aidant à financer les réductions d’impôt, or je pense qu’un élément important de cette hypothèse est que la Fed maintiendra les taux d’intérêt à des niveaux peu élevés. Cela semble toutefois improbable si d’importantes mesures budgétaires sont prises à ce stade du cycle américain, puisqu’on tourne pratiquement à pleine capacité, ce qui aggraverait les tensions inflationnistes et mènerait la Fed vers un cycle de hausses plus ambitieux et plus intensif.

Lily Jamali : Pour mettre à jour mes propos en début d’émission, dans les dernières minutes le marché américain est en fait devenu quelque peu négatif, mais il clôturé en faisant du surplace dans le cas du NASDAQ et légèrement en baisse dans le cas du S&P 500 et du Dow. Vous pensez que les titres canadiens pourraient surclasser les titres américains cette année.

Todd Mattina : C’est intéressant. L’équipe de répartition de l’actif Mackenzie est d’avis que les investisseurs ne devraient pas renoncer à l’activité de reflation mondiale. Nous constatons une croissance et une relance soutenues de par le monde, hors des États-Unis, y compris au Canada. En Europe, la croissance est robuste car les risques politiques diminuent, alors que la Chine affiche une croissance stable étayée par des politiques solides. Si l’on considère en particulier les valorisations des actifs dans ces régions du monde on peut constater que dans bien des cas elles sont bien plus intéressantes que les valorisations aux États-Unis. Nous pensons donc, en termes de répartition de l’actif entre actions et obligations, que la relance mondiale contribuera à une surperformance des actions par rapport aux obligations. Quant au rendement relatif des marchés boursiers, nous pensons que les investisseurs réévalueront les perspectives des États-Unis compte tenu des perspectives plus favorables dans d’autres régions du monde, où les valorisations sont plus attrayantes. Donc, à l’avenir, le marché boursier américain pourrait afficher des résultats inférieurs à ceux d’autres régions, dont le Canada.

Principaux points

  • Le marché intègre une prime de risque, pour le risque de mesures commerciales supplémentaires de la part des États-Unis et visant les exportations canadiennes.
  • À ce stade du cycle, une forte expansion budgétaire aurait probablement pour effet d'accélérer le rythme auquel la Fed procède aux hausses des taux.
  • L’équipe de répartition de l’actif Mackenzie constate une croissance et une relance soutenues hors des États-Unis.