Canada : d’un pays riche en ressources à un pays prêt à les exploiter

Le Canada se trouve à un tournant décisif dans la course mondiale aux minéraux critiques. Ces ressources permettent la réindustrialisation dans le monde occidental, soutiennent les systèmes de défense et propulsent les technologies essentielles à la transition énergétique, allant des véhicules électriques au stockage sur réseau en passant par l’intelligence artificielle.

La nouvelle approche « un projet, un processus » du gouvernement fédéral est un signal qu’Ottawa reconnaît l’urgence de ce moment. Son leadership sur la scène mondiale dépendra toutefois de son exécution.

L’équipe des ressources Mackenzie a évalué près de 10 000 projets miniers dans tout le pays pour repérer ceux qui ont le plus grand potentiel économique et stratégique.

Pour être au premier plan, le Canada doit simplifier l’octroi de permis, investir dans les infrastructures et plaider pour une concurrence équitable sur les marchés mondiaux. Il faut que le gouvernement, l’industrie et le secteur de la finance agissent de façon concertée sans tarder et avec pragmatisme.

La course mondiale aux minéraux critiques

La demande augmente fortement, mais la production et le raffinage restent très concentrés. Certains pays, comme la Chine, dominent ces deux segments en contrôlant non seulement la production, mais aussi les capacités de transformation et de raffinage. Il en découle de grandes vulnérabilités pour les économies qui dépendent de sources d’approvisionnement sûres et durables.

Figure 1 – Part de la production de matériaux raffinés par pays (%)

Source : Perspectives mondiales des minéraux critiques en 2024 IAE, données en date du 31 décembre 2023

Le nouvel environnement commercial mondial

L’ancien modèle de commerce mondial (délocalisation et approvisionnement au moindre coût) n’est plus un gage de prospérité ou de résilience. Les pays rapatrient la production, déploient des programmes de subventions industrielles et utilisent la politique commerciale pour renforcer le contrôle national sur les chaînes d’approvisionnement.

Dans le domaine des minéraux critiques, le Canada est confronté à des désavantages structurels. Les concurrents bénéficient de normes environnementales moins strictes et reçoivent un soutien étatique important, ce qui leur permet de produire à moindre coût tout en ayant des émissions de carbone plus élevées. Si on en fait fi, ce déséquilibre risque d’éroder la compétitivité du Canada dans des secteurs vitaux pour la sécurité nationale et la croissance économique.

L’avantage concurrentiel du Canada

Malgré un sous-investissement, le Canada possède des avantages évidents dans la course aux ressources mondiales :

  • Riche potentiel géologique : des gisements diversifiés de grande qualité qui sont compétitifs à l’échelle mondiale.
  • Main-d’œuvre qualifiée et infrastructures : un écosystème minier de classe mondiale.
  • Gouvernance transparente : un engagement à respecter des normes réglementaires solides.
  • Position géographique stratégique : un accès aux océans Atlantique et Pacifique, qui relie le pays aux marchés mondiaux.

Avec les mesures appropriées, ces forces peuvent faire du Canada le fournisseur mondial privilégié de minéraux critiques sûrs et produits de manière responsable.

Un cadre d’action

Notre analyse porte sur les sept groupes d’occasions les plus prometteurs du Canada que nous avons regroupés en trois catégories :

  1. Groupes économiques : ressources comportant des projets commercialement viables, nécessitant seulement une plus grande rapidité dans l’octroi des permis et une meilleure efficacité des processus.
  2. Groupes stratégiques : ressources vitales où il est nécessaire de protéger le marché, d’offrir des mesures incitatives ou de mettre en place des infrastructures pour attirer des investissements.
  3. Groupes de classe mondiale : groupes de ressources établis déjà bien présents sur les marchés mondiaux et qui ont besoin de soutien constant pour maintenir leur leadership.
     

Figure 2 – Cartographie des groupes de minéraux canadiens

Source : Rapports d’entreprise, Placements Mackenzie, 2025

Groupes économiques : éliminer les obstacles au développement

La route du cuivre en Colombie-Britannique

La « route du cuivre » en Colombie-Britannique renferme des gisements riches soutenus par des infrastructures et une expertise en matière de raffinage. Les projets entièrement nouveaux restent pourtant sous-développés.

Pour qu’ils atteignent leur plein potentiel, il importe d’étendre la capacité du réseau électrique, de donner la priorité à la participation des Premières Nations et de mettre en place des incitatifs au raffinage sur le territoire afin de tirer davantage parti des ressources canadiennes.

L’acier vert du Labrador et du Québec

Le concentré de minerai de fer de qualité supérieure du Canada est idéal pour la production d’acier vert à faible teneur en carbone. Le Canada se classe parmi les pays les plus abondants en tonnage de ressources, mais les limitations en matière d’énergie et de transport freinent la croissance.

Les prochaines étapes devraient consister à élargir les corridors ferroviaires, à moderniser les réseaux hydroélectriques et à étendre les infrastructures énergétiques pour intégrer verticalement la production d’acier à faibles émissions de carbone.

Groupes stratégiques : accroître la résilience à long terme

Les gisements polymétalliques du Yukon

Le Yukon abrite d’importants gisements de tungstène, de zinc et de cuivre, mais les projets se butent à des délais d’autorisation pouvant aller jusqu’à 15 ans.

Pour mener à bien ces projets, il faudrait adopter un modèle « un projet, une évaluation » et raccorder le réseau électrique entre la Colombie-Britannique et le Yukon pour remplacer la production d’électricité au diesel et réduire les coûts.

Le nickel de Sudbury

Berceau de la plus grande concentration de nickel et de cobalt de grande qualité au Canada, Sudbury reste au cœur des chaînes d’approvisionnement de batteries en Amérique du Nord. Les prix mondiaux du nickel demeurent pourtant bas en raison de la production fortement subventionnée dans des pays où les normes sont moins strictes.

Pour que l’utilisation soit un succès, le gouvernement devrait mettre en place des mesures de protection du marché, comme des droits de douane ou des conventions d’achat, pour soutenir la production à long terme, et réformer les droits miniers de l’Ontario pour encourager l’exploration active.

Le lithium du Québec

Les six projets de lithium de haute qualité à tonnage élevé du Québec peuvent approvisionner les groupes de batteries en croissance de Bécancour et du sud de l’Ontario, mais la surproduction mondiale retarde les investissements.

Les prochaines étapes devraient notamment viser à soutenir les premiers projets en établissant des prix de planchers temporaires ou des contrats d’achat, à investir dans des infrastructures de raffinage partagées et à relancer l’expansion ferroviaire du Plan Nord pour améliorer l’accès et réduire les émissions.

Groupes de classe mondiale : renforcement de notre position

L’uranium de la Saskatchewan

Le bassin de l’Athabasca fournit environ 15 % de l’approvisionnement mondial en uranium. Comme l’énergie nucléaire prend de l’ampleur, le Canada pourrait élargir son rôle dans le cycle mondial du combustible nucléaire en facilitant l’octroi de permis fédéraux, tout en maintenant des normes rigoureuses de protection environnementale et d’engagement envers les communautés autochtones.

La potasse de la Saskatchewan

Le Canada est le plus grand producteur mondial de potasse, nutriment essentiel à la sécurité alimentaire dans le monde. Pour maintenir sa position de tête, le Canada doit prioriser l’expansion de sa capacité ferroviaire et portuaire pour faire en sorte que les exportations canadiennes atteignent les marchés de manière efficace et fiable.
 


Un tournant décisif

La course aux minéraux critiques est bien lancée; elle est influencée par l’intervention de l’État, l’évolution des relations commerciales et les alliances stratégiques. Le Canada a les ressources, l’expertise et la crédibilité pour être au premier plan de l’économie des minéraux critiques.

La voie à suivre est claire :

  1. Simplifier l’obtention de permis pour les projets économiquement viables.
  2. Investir dans les infrastructures pour éliminer les obstacles au développement.
  3. Protéger les marchés lorsque des pratiques mondiales entravent la compétitivité.

En agissant avec détermination et urgence, le Canada peut saisir cette occasion déterminante qui renforcera son économie, fera progresser ses objectifs climatiques et lui permettra d’être reconnu comme un fournisseur et un partenaire commercial mondial de confiance.



Auteurs :

Équipe des ressources Mackenzie

Benoît Gervais, M. Sc., CFA – VPP, gestionnaire de portefeuille et chef d’équipe

Onno Rutten, M. Sc., MBA – VP et gestionnaire de portefeuille

Rahul Malhotra, BESc., MBA, CFA – Directeur général, Recherche sur les placements

Eduardo Garcia Hubner, M. Sc., MBA – Analyste principal en placement

Andrea Sanchez Martinez – Analyste en placement junior

Wamen Islam, CFA – Directeur principal, spécialiste de portefeuille de placements