Votre client a-t-il un lien fiscal avec les États-Unis ?

DANS CET ARTICLE min de lecture

Select Section

    Points à retenir

    • Les obligations fiscales américaines peuvent découler de la citoyenneté, du statut de carte verte ou du temps passé aux États-Unis.
    • Les comptes et les placements canadiens peuvent être traités différemment aux fins de l’impôt américain.
    • Les conseillers doivent identifier les liens fiscaux avec les États-Unis avant d’effectuer des opérations importantes dans un compte ou un placement.
    • Les clients peuvent avoir besoin des conseils d’un fiscaliste transfrontalier qualifié.

    Un client peut avoir des obligations fiscales américaines même s’il vit au Canada depuis longtemps, ne tire aucun revenu de source américaine ou ne se considère pas comme Américain. La citoyenneté américaine, une carte verte ou une présence importante aux États-Unis sur une ou plusieurs années peuvent entraîner des obligations visant le revenu mondial, les comptes canadiens et certains placements.

    Le présent article aide à reconnaître rapidement les situations où un lien avec les États-Unis peut avoir une incidence sur les comptes, les placements ou les opérations envisagées par le client. Il présente des réflexes concrets pour poser les bonnes questions, repérer les éléments à risque et orienter le client vers les ressources appropriées avant qu’une décision importante soit prise.

    Il vise notamment les citoyens américains et les personnes avec une double citoyenneté, les détenteurs ou anciens détenteurs d’une carte verte, ainsi que les clients qui passent beaucoup de temps aux États-Unis.

    Détails importants sur le client à évaluer

    Il ne s’agit pas de faire soi-même l’analyse fiscale américaine, mais de reconnaître assez tôt qu’elle est nécessaire.

    1. Mon client pourrait-il être concerné ?

    Un lien avec les États-Unis peut facilement passer inaperçu, parfois même aux yeux du client. Avant de discuter de ses comptes, de ses placements ou d’une opération importante, quelques questions simples permettent de repérer les situations qui demandent une attention particulière.

    Dans le présent article, l’expression « personne américaine » désigne une personne considérée comme américaine aux fins fiscales des États-Unis. Cela peut notamment viser un citoyen américain, un détenteur de carte verte ou une personne considérée comme résidente aux fins fiscales des États-Unis en raison du temps qu’elle y passe. Pour faciliter cette première évaluation, les questions suivantes peuvent être utiles :

    • Est-il citoyen américain ou détient-il une double citoyenneté Canada–États-Unis?
    • Est-il né aux États-Unis?
    • La citoyenneté américaine pourrait-elle lui avoir été transmise par un parent?
    • Détient-il ou a-t-il déjà détenu une carte verte?
    • Passe-t-il plusieurs mois par année aux États-Unis?
    • Produit-il actuellement des déclarations fiscales américaines?
    • Dans le cas d’un Régime enregistré d’épargne-études (REEE) ou d’un Régime enregistré d’épargne-invalidité (REEI), le souscripteur, le titulaire, le bénéficiaire ou un cotisant est-il une personne américaine?

    Ces questions ne donnent pas toujours une réponse définitive. Par exemple, des séjours prolongés ou répétés aux États-Unis peuvent, dans certaines situations, modifier le statut fiscal du client, alors que certaines exceptions peuvent aussi s’appliquer.

    De même, une personne née aux États-Unis peut demeurer citoyenne américaine même si elle vit au Canada depuis toujours. Une personne qui a déjà détenu une carte verte peut aussi conserver certaines obligations américaines si son statut n’a pas été officiellement réglé.

    Dans le doute, mieux vaut soulever la question dès le départ plutôt que de découvrir l’enjeu après une opération.

    2. Pourquoi faut-il être vigilant ?

    Un lien fiscal avec les États-Unis peut entraîner des conséquences même lorsque le client vit au Canada et ne pense pas avoir d’impôt américain à payer. Les principaux enjeux touchent la déclaration des revenus, la divulgation de certains comptes et le traitement américain des comptes et placements canadiens.

    Déclaration du revenu mondial

    Une personne américaine peut devoir déclarer aux États-Unis ses revenus canadiens et étrangers, même lorsqu’aucun impôt américain n’est ultimement payable.

    Divulgation de comptes et d’actifs

    Certains comptes canadiens peuvent avoir à être divulgués séparément. Une obligation de divulgation peut exister sans impôt à payer.

    Traitement différent des comptes canadiens

    Un avantage fiscal canadien n’est pas automatiquement reconnu aux États-Unis. Le Compte d’épargne libre d’impôt (CELI) et le Compte d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété (CELIAPP) en sont des exemples importants.

    Placements canadiens complexes

    Les fonds communs de placement canadiens (fonds communs) et certains fonds négociés en bourse canadiens (FNB) peuvent être considérés, aux fins fiscales américaines, comme des sociétés de placement étrangères passives (Passive Foreign Investment Companies ou PFIC) ce qui peut entraîner un traitement fiscal défavorable et des obligations de déclaration complexes.

    Un compte avantageux au Canada ne doit pas être présumé neutre aux États-Unis. L’enjeu peut venir du compte lui-même, des placements qu’il contient ou de l’opération envisagée.

    Même lorsqu’aucun impôt américain n’est payable, des obligations de déclaration peuvent subsister.

    3. Avant d’agir : moments clés

    Certaines opérations courantes peuvent soulever des enjeux fiscaux américains importants. Une attention particulière s’impose notamment dans les situations suivantes :

    • Ouverture d’un CELI, CELIAPP, REEE ou REEI pour une personne liée aux États-Unis.
    • Cotisation importante ou changement de stratégie de cotisation.
    • Achat, vente ou transfert de fonds communs ou de FNB canadiens.
    • Retrait important, liquidation ou transfert en nature.
    • Changement de titulaire, souscripteur, bénéficiaire ou cotisant.
    • Conversion d’un Régime enregistré d’épargne-retraite (REER) en Fonds enregistré de revenu de retraite (FERR) ou établissement du rythme de décaissement.
    • Déménagement vers ou depuis les États-Unis.
    • Abandon d’une carte verte, renonciation à la citoyenneté ou succession transfrontalière.

    Pourquoi avant l’opération ? Certaines conséquences américaines peuvent être difficiles à corriger après une vente, un retrait, une cotisation ou un transfert.

    4. Les renseignements à recueillir

    Ces renseignements qui suivent permettent de mieux cerner la situation du client et de faciliter la suite des démarches.

    • Citoyenneté, lieu de naissance et pays de résidence aux fins fiscales.
    • Statut actuel ou antérieur de carte verte et, s’il y a lieu, date et mode d’abandon.
    • Nombre de jours passés aux États-Unis au cours des trois dernières années.
    • Types de comptes et rôle de chaque personne liée au compte : titulaire, propriétaire, souscripteur, bénéficiaire ou cotisant, selon le cas.
    • Valeur maximale annuelle, lorsque disponible, et relevés de fin d’année.
    • Placements détenus, notamment fonds communs et FNB canadiens.
    • Cotisations, retraits, transferts et changements récents ou prévus.

    5. Comptes canadiens : les enjeux à repérer avant d’agir

    Le tableau présente les principaux enjeux par type de compte, les renseignements à avoir en main et les situations à examiner avant d’agir. Le compte et les placements qu’il contient doivent être considérés séparément.

    Comptes et régimes canadiens

    Enjeu américain

    Moments clés

    Ce qu’il faut avoir en main

    Déclarations américaines possibles*

    REER

    Report de l’impôt américain généralement reconnu sur la croissance non distribuée jusqu’au retrait.

    Retrait important, liquidation ou déménagement aux États-Unis.

    Valeur maximale annuelle et retraits effectués ou prévus.

    1040, FBAR, 8938

    FERR

    Paiements généralement déclarables aux États-Unis.

    Conversion du REER, modification des retraits, retrait important ou liquidation.

    Valeur maximale, paiements bruts et retenues canadiennes.

    1040, FBAR, 8938

    CELI

    L’exonération canadienne n’est généralement pas reconnue.

    Ouverture, cotisation, achat ou vente de placements, transfert ou liquidation, particulièrement lorsque le compte détient des fonds communs ou des FNB canadiens.

    Revenus, gains, cotisations, retraits et placements détenus.

    1040, FBAR, 8938, 8621 si PFIC

    CELIAPP

    Les avantages fiscaux canadiens ne sont pas automatiquement reconnus.

    Ouverture, cotisation, retrait, transfert au REER ou au FERR, ou fermeture.

    Cotisations, retraits, transferts et placements détenus.

    Selon la situation : 1040, FBAR, 8938, 8621 si PFIC et autres formulaires possibles

    REEE

    Le traitement dépend des personnes liées au régime.

    Présence d’une personne américaine, changement de souscripteur ou de bénéficiaire, retrait ou fermeture.

    Identité du souscripteur, du bénéficiaire et des cotisants; cotisations, subventions, retraits et placements.

    Selon la personne américaine concernée : 1040, FBAR, 8938, 8621, autres formulaires possibles

    REEI

    Le traitement peut varier selon le bénéficiaire, le titulaire et les cotisants.

    Cotisation importante, changement de titulaire, paiement ou transfert.

    Identité des personnes liées; cotisations, subventions, bons, paiements et placements.

    Selon la personne américaine concernée : 1040, FBAR, 8938, 8621, autres formulaires possibles

    Régime de pension agréé (RPA) ou autre régime de pension d’employeur

    Le traitement dépend du type exact de régime.

    Valeur de transfert, rachat, début des prestations ou déménagement.

    Relevés du régime, droits accumulés et options envisagées.

    1040, formulaire 8938 ou FBAR selon le régime et la structure détenue

    Compte non enregistré

    Revenus et gains imposables, risque PFIC pour certains fonds et FNB canadiens.

    Achat ou vente de fonds communs ou de FNB canadiens, vente importante, transfert en nature, don de titres, ajout d’un cotitulaire ou autre changement de propriété.

    Placements détenus, prix de base, revenus, distributions, gains et pertes.

    1040, FBAR, 8938, 8621 si PFIC

    *Voir la section 6 pour une description des principales déclarations américaines.

    Les formulaires indiqués ne s’appliquent pas automatiquement. Leur application dépend de la situation du client, du compte, des placements et des seuils applicables.

    6. Principales obligations fiscales et déclaratives américaines

    Les obligations américaines ne se limitent pas à la déclaration de revenus. Selon la situation du client, certains comptes, actifs ou placements canadiens peuvent aussi devoir être déclarés séparément. Voici les principaux formulaires mentionnés dans ce article.

    • 1040: Déclaration américaine servant généralement à déclarer le revenu mondial et à calculer l’impôt applicable.
    • FBAR - FinCEN 114 : Déclaration distincte visant certains comptes financiers détenus à l’extérieur des États-Unis lorsque leur valeur globale dépasse 10 000 $ US à tout moment pendant l’année.
    • 8938: Déclaration de certains actifs financiers étrangers lorsque les seuils applicables sont dépassés. Ces seuils varient selon le lieu de résidence et le statut de production du client.
    • 8621: Déclaration relative aux PFIC. Plusieurs fonds communs et certains FNB canadiens peuvent être considérés comme des PFIC et nécessiter une analyse particulière.

    Les formulaires présentés dans ce article ne constituent pas une liste exhaustive et ne s’appliquent pas automatiquement. D’autres obligations peuvent s’ajouter selon la situation du client. Leur application devrait être confirmée par un professionnel qualifié en fiscalité américaine ou transfrontalière.

    7. Que faire lorsqu’un enjeu est repéré?

    Avant toute opération importante, il est utile de résumer ce qui est envisagé et de rassembler les renseignements disponibles. Le client pourra ainsi faire confirmer les conséquences fiscales et les obligations de déclaration applicables. Avec son autorisation, ces renseignements peuvent aussi faciliter les échanges entre les professionnels impliqués.

    À titre d’exemple, un client ayant la double citoyenneté prévoit convertir son REER en FERR et établir ses retraits. Avant de mettre en place le décaissement, il est utile de préciser la valeur du régime, les retraits envisagés, les retenues canadiennes et les autres revenus du client afin de mieux coordonner le traitement canadien et américain des paiements.

    Soulever l’enjeu avant la conversion permet d’ajuster la stratégie avant le début des retraits et d’éviter que certaines conséquences soient découvertes trop tard. Cette approche aide le client à prendre des décisions qui tiennent compte de l’ensemble de sa situation transfrontalière.

    Ces renseignements ne doivent pas être interprétés comme des conseils juridiques, fiscaux ou comptables. Ce matériel a été préparé à titre informatif seulement. Les renseignements fiscaux présentés dans ce document sont de nature générale et les clients sont priés de consulter leur propre fiscaliste-conseil ou comptable. Nous nous sommes efforcés d’assurer l’exactitude des renseignements fournis au moment de la rédaction. Néanmoins, si les renseignements figurant dans ce document devaient s’avérer inexacts ou incomplets, ou si la loi ou son interprétation devaient changer après la date de ce document, les conseils fournis pourraient être inadéquats ou inappropriés. Il ne faut pas s’attendre à ce que ces renseignements soient mis à jour, complétés ou révisés par suite de nouveaux renseignements, de circonstances changeantes, d’événements futurs ou pour d’autres raisons.Nous n’assumons aucune responsabilité en ce qui a trait aux erreurs qui pourraient être contenues dans ce document ni envers quiconque se fie aux renseignements contenus dans ce document.Veuillez consulter votre conseiller(ère) juridique ou fiscal(e) attitré(e).