L’économie spatiale

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    Points à retenir

    • La technologie de lancement réutilisable réduit rapidement les coûts et transforme l’espace en une nouvelle frontière économique accessible.
    • L’expansion des réseaux de satellites pourrait révolutionner la connectivité mondiale tout en permettant la mise en place d’une puissante infrastructure informatique dans l’espace.
    • La fabrication dans l’espace pourrait donner naissance à de nouvelles industries et à de nouveaux produits, tout en créant des occasions de placement auparavant jugées impossibles ou non viables sur le plan économique.

    Introduction

    Nous vivons une période particulièrement exaltante, alors que l’humanité est à l’aube de progrès qui pourraient mener notre espèce vers des réalisations autrefois réservées à la science-fiction.

    Si cela vous semble exagéré ou relever d’une hyperbole injustifiée, pensez aux avancées examinées dans le commentaire économique de ce mois-ci. Les progrès rapides du transport spatial, de la connectivité par satellite et des infrastructures informatiques commencent à transformer l’espace, qui passe d’un domaine d’exploration à une nouvelle frontière économique. Ce qui relevait autrefois presque exclusivement des gouvernements devient de plus en plus accessible aux entreprises privées, aux capitaux et à l’innovation.

    Le présent commentaire économique ne vise aucunement à présenter un scénario d’investissement haussier pour SpaceX. Toutefois, SpaceX s’est imposée comme le chef de file incontesté de la commercialisation de l’espace. Ses capacités en matière de lancement, de communications par satellite et de technologie de fusées réutilisables sont actuellement inégalées à grande échelle.

    Plus important encore, ses progrès offrent un éclairage utile sur la façon dont la baisse rapide des coûts de lancement et l’amélioration des technologies pourraient transformer l’espace, qui passerait d’une activité largement financée par les gouvernements à une véritable économie commerciale.

    Que SpaceX parvienne ou non à capter la valeur économique associée à ces avancées, les répercussions plus larges sur les communications, l’informatique, la fabrication et l’activité humaine dans l’espace deviennent de plus en plus difficiles à ignorer pour les investisseurs.

    Figure 1 – Écart de cadence de lancement (2026) : le véritable test concurrentiel est la production réelle

    Source : SpaceX, Raymond James.

    Cette industrie naissante repose avant tout sur une révolution du transport. Les véhicules de lancement réutilisables réduisent considérablement le coût d’accès à l’orbite, tandis que l’augmentation de la capacité d’emport et la fréquence croissante des lancements promettent de banaliser davantage l’accès à l’espace. À mesure que les coûts de lancement diminuent et que la fiabilité s’améliore, les données économiques changent en profondeur : des activités auparavant peu pratiques ou excessivement coûteuses peuvent devenir commercialement viables.

    La figure 2 illustre les interactions entre le transport spatial, les communications et les applications.

    Figure 2 – Les trois moteurs économiques de la plateforme SpaceX

    Source : Raymond James financial.

    Transport extraterrestre

    SpaceX s’est imposée comme le principal fournisseur de services de lancement et un acteur clé de l’accès à l’espace. Elle a effectué plus de 650 lancements à ce jour, avec un taux de réussite des missions supérieur à 98 %, et a mis en orbite plus de 80 % de la masse mondiale au cours des dernières années. La combinaison de matériel réutilisable éprouvé, d’intégration verticale et d’une cadence de lancement élevée a permis de réduire sensiblement le coût de mise en orbite, tout en augmentant rapidement l’activité spatiale et en assurant un accès fiable à l’orbite.

    La technologie des fusées de nouvelle génération, comme Starship, pourrait représenter un changement de paradigme supplémentaire pour l’accès à l’espace si elle était commercialisée avec succès à grande échelle. La réutilisation complète de l’accélérateur et de l’étage supérieur pourrait entraîner une baisse spectaculaire des coûts de lancement par kilogramme tout en permettant d’augmenter la cadence des vols. Ces tendances sont illustrées dans le graphique ci-dessous (voir la figure 3).

    Figure 3 : Économie du transport

    Source : Raymond James research.

    Prenons, par exemple, la capacité du projet « Starbase Louisiana », un immense nouveau complexe de lancement de Starship. Ce site d’environ 125 000 acres devrait devenir le plus grand port spatial de SpaceX. Il comprendrait cinq complexes de lancement et dix pas de tir, soutenus par des installations de production et de stockage d’ergols, de production d’électricité et de traitement des véhicules, ainsi que des logements pour les employés. Une fois entièrement aménagée, l’installation pourrait, selon SpaceX, soutenir des milliers de lancements par année, potentiellement plus de 30 par jour, ce qui représenterait une hausse spectaculaire de l’ampleur et de la cadence des vols spatiaux commerciaux. 

    Le projet aurait des retombées économiques directes considérables. SpaceX a annoncé un investissement pouvant atteindre 100 milliards de dollars, avec le début des travaux en 2027 et un premier lancement prévu dès 2029. L’entreprise prévoit créer au moins 3 000 emplois directs au cours de la prochaine décennie. La Louisiane estime par ailleurs que 8 100 emplois indirects supplémentaires pourraient être créés, pour un total potentiel de plus de 11 000 emplois dans la région.

    La réutilisation est essentielle à la réduction des coûts. Le dernier point de la liste suivante illustre la transition du transport spatial vers une cadence de lancement régulière, comparable à celle du transport aérien (voir la figure 4).

    Figure 4 – Un nouveau système logistique 

    Connectivité des communications

    La combinaison d’une forte baisse des coûts de lancement, de la capacité de déployer environ quatre fois plus de masse satellitaire par lancement, des satellites V3 de nouvelle génération, capables d’offrir près de dix fois la capacité de téléchargement de l’actuelle constellation V2 Mini, et de terminaux utilisateurs beaucoup moins coûteux pourrait transformer Starlink, qui passerait d’un fournisseur de services à large bande spécialisé à une véritable plateforme mondiale de communications. Son marché potentiel s’étendrait bien au-delà des services à large bande résidentiels pour inclure les entreprises, les gouvernements, l’aviation, le transport maritime, la connectivité mobile et les services de connexion directe aux appareils.

    Grâce aux avantages économiques du transport assuré par Starship et aux capacités nettement supérieures des satellites V3, la capacité totale du réseau Starlink pourrait passer d’environ 705 Tbit/s aujourd’hui à près de 10 Pbit/s (un pétabit équivaut à 1 024 térabits) d’ici la fin de la décennie. Selon certaines estimations, cela suffirait à offrir des services à large bande à environ 250 millions d’abonnés. Cette hausse de capacité s’accompagnerait de l’expansion continue de la constellation de satellites, créant un réseau de communications offrant une couverture toujours plus étendue, une bande passante accrue et une économie par unité de données transmises nettement améliorée.

    La figure 5 ci-dessous montre comment les progrès des capacités des fusées ont favorisé le déploiement du réseau de satellites Starlink.

    Figure 5 : Déploiement de Starlink et jalons de SpaceX

    Source : SpaceX, Raymond James research.

    Une connectivité par satellite omniprésente et à haute vitesse pourrait étendre les services à large bande à des régions où les infrastructures terrestres demeurent non rentables, tout en accentuant la concurrence pour les fournisseurs de télécommunications traditionnels dans les marchés établis. Elle pourrait aussi constituer l’infrastructure dorsale des communications pour le transport autonome, les appareils connectés, les applications de défense et la logistique mondiale, tout en soutenant à terme un écosystème en croissance d’informatique orbitale et d’infrastructures d’IA. En ce sens, Starlink pourrait représenter plus qu’un réseau de télécommunications : elle pourrait devenir une couche fondamentale de l’économie spatiale émergente, à l’instar des réseaux de fibres optiques et de l’informatique en nuage, qui sont devenus des infrastructures essentielles de l’économie numérique.

    L’économie spatiale – Les applications

    À mesure que le coût d’accès à l’orbite diminue et que la fréquence des lancements augmente, les occasions commerciales dans l’espace devraient s’étendre bien au-delà des satellites et des télécommunications. L’espace pourrait de plus en plus devenir un lieu où se déroule l’activité économique elle-même, propice à l’informatique, à la recherche, à la fabrication, à la production d’énergie et, éventuellement, à l’extraction de ressources. Tout comme la baisse des coûts de transport a contribué à ouvrir de nouveaux marchés géographiques sur Terre, un accès à l’orbite moins coûteux pourrait créer de nouvelles industries tout en élargissant les marchés accessibles aux entreprises existantes.

    Surtout, les fondements sont déjà en place : des entreprises privées développent des infrastructures informatiques orbitales, des stations spatiales commerciales et des véhicules autonomes capables de fabriquer des produits en orbite et de les ramener sur Terre.

    L’une des occasions les plus intéressantes concerne les centres de données d’IA dans l’espace. L’intelligence artificielle nécessite d’énormes quantités d’électricité et exerce des pressions croissantes sur les réseaux électriques terrestres.

    Les centres de données terrestres classiques nécessitent d’importantes superficies, des infrastructures de refroidissement et de longs processus d’obtention des autorisations. Personne ne souhaite avoir un centre de données d’IA dans sa cour.

    Les centres de données orbitaux offrent un modèle radicalement différent : une énergie solaire abondante, un potentiel d’expansion considérable et la capacité de traiter directement en orbite l’information produite par les satellites, plutôt que de transmettre toutes les données brutes sur Terre.

    Des entreprises développent déjà des systèmes informatiques orbitaux capables d’exécuter des modèles d’IA. Axiom Space a lancé des nœuds spécialisés de centres de données au début de 2026, tandis que Starcloud a levé d’importants capitaux pour développer de plus grands satellites dédiés à l’informatique d’IA.

    D’importants défis techniques et économiques subsistent, notamment les coûts de lancement, la protection contre les rayonnements et la gestion thermique. Toutefois, si ces obstacles sont surmontés, l’espace pourrait éventuellement devenir un nouveau site majeur pour les vastes infrastructures informatiques requises par l’IA.

    Certains des avantages des centres de données d’IA orbitaux sont présentés à la figure 6.

    Figure 6 – Les centres de données orbitaux s’attaquent au goulot d’étranglement du déploiement

    La fabrication dans l’espace pourrait s’avérer tout aussi transformatrice. La microgravité crée des conditions physiques impossibles à reproduire sur Terre : les matériaux peuvent se former sans les effets de la convection, de la sédimentation et de la flottabilité induites par la gravité, ce qui pourrait permettre d’obtenir des cristaux plus purs, de nouveaux matériaux et des procédés de fabrication plus précis.

    La NASA a recensé les produits pharmaceutiques, les semi-conducteurs, les fibres optiques spécialisées, les matériaux de pointe et la biofabrication parmi les applications prometteuses.

    La commercialisation est déjà en cours : Varda Space Industries développe des produits pharmaceutiques dans des usines orbitales autonomes et les ramène sur Terre. Elle a aussi récemment conclu une entente visant à produire des matériaux pour semi-conducteurs en orbite. À mesure que les coûts de transport continuent de diminuer, la question cruciale pourrait passer de « Que pouvons-nous envoyer dans l’espace? » à « Que pouvons-nous y faire et y produire de façon rentable? » Ce changement de perspective pourrait ultimement définir l’émergence d’une véritable économie spatiale.

    La figure 7 montre comment le coût décroissant par kilogramme de masse devrait continuer de diminuer fortement à mesure que la cadence des lancements augmente.

    Figure 7 – Masse annuelle mise en orbite et coût par kilogramme

    Source : SpaceX, Raymond James research.

    Conclusion

    Les fusées réutilisables transforment fondamentalement l’économie de l’espace en réduisant considérablement les coûts de lancement tout en augmentant la capacité d’emport et la fréquence des lancements. Les véhicules de nouvelle génération pourraient banaliser de plus en plus l’accès à l’orbite, permettant le déploiement d’un nombre beaucoup plus important de satellites, d’infrastructures et d’équipements. Il pourrait en résulter le passage de vols spatiaux occasionnels à un réseau de transport à l’échelle industrielle.

    Les constellations de satellites en pleine expansion, comme Starlink, créent une nouvelle couche d’infrastructure mondiale de communications. Une capacité satellitaire accrue, des terminaux moins coûteux et la baisse des coûts de lancement pourraient étendre la connectivité à haute vitesse à des centaines de millions d’utilisateurs, tout en soutenant les administrations publiques, les entreprises, les transports et les communications directes avec les appareils. Au fil du temps, ces réseaux pourraient devenir une infrastructure fondamentale pour une économie mondiale et spatiale de plus en plus interconnectée.

    La baisse des coûts de lancement ouvre l’espace à des activités commerciales qui vont bien au-delà des communications, y compris l’informatique d’IA et la fabrication de pointe. Les centres de données orbitaux pourraient exploiter l’abondante énergie solaire pour prendre en charge les charges de travail liées à l’IA, tandis que la microgravité pourrait permettre la fabrication de nouveaux produits pharmaceutiques, semi-conducteurs, fibres optiques et matériaux de pointe. À mesure que ces technologies arrivent à maturité, la question pourrait passer de ce que nous pouvons envoyer dans l’espace à ce que nous pouvons y construire, y traiter et y produire de façon rentable.

    Opinions en matière de placement de l’équipe des stratégies multi-actifs

    Sommaire tactique

    Source : Placements Mackenzie.
    Remarque : Les opinions exprimées dans cet article sont le reflet de points de vue tactiques à court terme, qui éclairent le positionnement de certains des fonds gérés par l’équipe des stratégies multi-actifs.

    Points saillants du positionnement

    Les actions redeviennent attrayantes : À l’approche de la fin de la saison des résultats du deuxième trimestre, les bénéfices ont progressé davantage que les cours des actions en réaction à ces annonces, ce qui rend les actions plus attrayantes. Les données économiques demeurent également robustes et les flux sont revenus vers les actions américaines. Cela crée un environnement positif pour les actions à l’avenir.

    Rendements assez élevés pour acheter de la duration : Nous adoptons une position longue en duration sur les obligations, car les rendements obligataires ont atteint des niveaux de valorisation raisonnables au cours des derniers mois. Le recul de l’inflation aux États-Unis est favorable aux obligations, tandis que les marchés se sont calmés à court terme face aux inquiétudes liées aux politiques budgétaire et monétaire.

    Réduction de la surpondération des actions américaines à petite capitalisation et surpondération de l’Europe par rapport au Canada : L’incertitude entourant la guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada, conjuguée aux valorisations élevées des titres financiers, appuie notre décision de sous-pondérer les actions canadiennes. L’Europe nous semble par ailleurs attrayante sur le plan de la valeur. Nous conservons une surpondération des actions américaines à petite capitalisation, car la vigueur de l’économie américaine leur est favorable. Toutefois, nous avons réduit cette surpondération par rapport au sommet atteint en juin, étant donné leur solide surperformance, qui a réduit leur attrait du point de vue des valorisations.

    Devises : Nous maintenons une position neutre à l’égard de la paire USD/CAD, compte tenu de la vigueur des données économiques américaines et de l’incertitude entourant l’économie canadienne attribuable à la guerre commerciale avec les États-Unis. Le dollar américain reste surévalué et notre perspective à long terme est qu’il se dépréciera par rapport à la monnaie de la plupart des pays développés. Nous continuons de privilégier le JPY comme meilleur moyen de tirer parti de cette perspective. 

    Pour d’autres nouvelles et commentaires au sujet des marchés, consultez notre page Commentaires.